Morceaux d'enfance
.... Thérèse ( 12 )
Quelque fois Thérèse nous contait son enfance.
Celle-ci avait été rude, mais heureuse.
Peut-être que comparé à ce que vivent nos jeunes, cela peut sembler étrange.... mais le bonheur n'est pas forcément dans l'opulence ! en tout cas, ça ne suffit pas.
Thérèse nous racontait par ex. comment elle allait chercher le pain et mangeait en route la baisure ( mot désignant dans son langage la croute croustillante ) ou quelque fois aussi la pesée.
On achetait un pain d'une livre, et le pain était pesé : s'il pesait moins, la boulangère rajoutait un morceau coupé dans un autre pain .. c'était la pesée. Comme les parents n'avaient pas la
possibilté de vérifier le poids du pain à la maison, les enfants mangeaient souvent la-dite pesée en route !
Ou alors, avec des copains ils entraient chez le boulanger pour demander :
-"avez-vous du pain rassis, svp ?"
et quand le boulanger le leur tendait, ils partaient vivement en criant :
-" bah ! fallait le vendre hier ! "
Elle rigolait comme une bien-heureuse en racontant ces facéties d'enfants !
Un jour, en hiver, la neige avait étalée sa chappe de plumes sur la ville, c'était le soir, et le père n'était toujours pas rentré !
C'était jour de paye, alors la mère maintes fois échaudée, envoya une fois de plus Thérèse le chercher avant qu'il n'ait bu tout son maigre salaire.
Thérèse fit la tournée des bistrots .. elle mettait le nez à la devanture ... regardait à l'intérieur ... puis repartait vers le suivant jusqu'à ce qu'elle ne le trouve.
Le ramener fut difficile, il pesait lourd, marchait difficilement, braillait et pestait contre sa fille qui le contaignait à rentrer... et les galoches remplies de neige ne facilitaient pas
la progression !
Dans son déséquilibre éthyllique, il trébucha et entraina Thérèse au sol dans la neige.
Elle eut un mal de chien à le relever et cahin-caha, bras-dessus, bras-dessous, le ramena au foyer où il put ... cuver en toute quiétude ... et sa mère vider les poches des quelques sous restant
!
Thérèse ne gardait pas un souvenir humiliant ni douloureux de ces évènements, ils faisaient partie de sa vie, tout simplement.
Ce père, irresponsable, n'était pas violent , et la vie rude était celle des gens d'alors.
Elle racontait tout cela en riant avec un langage coloré.
Quand elle n'est pas martyrisée,
l'enfance ! quel beau pays !!
Psitt !!... essayez de faire le coup du pain rassit au boulanger ! bon courage !!
*
par clothylde
publié dans :
la saga Thérèse
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