Le parler de Thérèse ( 6 )
Thérèse avait sa manière bien à elle de s'exprimer.
Elle employait des expressions qui étaient un mélange singulier de son milieu ouvrier, son appartenance au pays de Caux et son illétrisme.
Ses propos, ses réflexions et ses paroles auraient pu paraître un peu décalés et même parfois presque vulgaires, mais émanant de ce
petit bout de femme si frèle et toujours aussi souriante, cela nous faisait rire et nous semblait tout simplement exotique !!
Si elle croisait dans la rue une personne dont l'accoutrement n'était pas de son goût et lui semblait ridicule :
-"Regarde-moi ce gauyot comment elle est dôlée !!"
traduction : vise l'énergumène comment elle est habillée !
La croute du pain dont elle était friande malgré l'absence de ses dents ( mais après tant d'années ses gencives étaient en béton !):
-"Etant enfant, je mangeais toujours la baisure du pain en chemin"
Chaque fois que nous la visitions, nous étions accueillis par la même sempiternelle phrase :
-" Quelle rareté !"
Nous pouvions venir une fois par mois ou tous les jours, c'était la même chose !
Heureusement, nous n'étions pas susceptibles ! et la rougeur soudaine de ses joues témoignait de son contentement !
Lorsqu'elle n'était pas contente d'elle même, elle pestait ainsi :
-"J'me claquerais la gueule !"
ou alors :
-" Qué bourrique !"
Quand quelque chose la taquinait, comme par exemple une démangeaison :
-"Ca me digonne !"
J'ai cherché une fois dans le dictionnaire, et je n'ai trouvé que digon : sorte de fer barbelé avec lequel les marins harponnaient le gros poisson ... voilà donc sûrement l'explication, ça
la titillait !!
Son expression était simple, mais toujours imagée et ponctuée le plus souvent d'un éclat de rire !
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