La Bête
Est-ce pour la lune montante, ce cri de bête hurlante ?
Qui met l'effroi dans les yeux, les fait tourner vers les cieux ?
Qui ose encore sortir la nuit ? qui, même son ombre, fuit ?
La bète en moi sommeille, au moindre appel se réveille !
Elle enfle, me submerge ; lâchement je l'héberge ..
Je ne peux la combattre, elle est trop opiniâtre !
Le sang tambourine aux tempes, de sueur les détrempe ;
Le regard devient flou ; le jugement devient fou !
Rien ne peut plus l'arrêter ! mes mains sont sa propriété !
Elles tremblent de peur ... je tremble de stupeur !
Elles tremblent d'envie ... je tremble pour leur vie !
Elles ont soif, elles ont faim ... j'attends, vidée, la fin !
Mes oreilles bourdonnent, mais la bète fredonne !
Mon âme sans aide se délite, ma conscience sans guide s'éffrite !
Mon corps semble se liquéfier, à sa volonté je dois me fier .
Demain à l'aurore brumeuse, sera partie la bète furieuse ...
Je ne serai plus qu'une enveloppe, privée de perception nyctalope ...
J'irai, seule, de par le village ... prenant soin de voiler mon visage ...
Dans ma demeure plus de miroir, rien qui n'aurait le pouvoir
De réveiller un jour ma mémoire. Juste dans un coin, un grimoire,
Traités de magie et sorcelleries, dont maintenant je me nourris !
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